Municipales : qu'en disent les correspondants étrangers ?

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Municipales : qu'en disent les correspondants étrangers ?

Ira Feloukatzi


Numéros spéciaux, soirées électorales dans les radios et les télévisions... Les rédactions françaises se mobilisent pour couvrir  les élections municipales et cantonales. Mais les journalistes de l’Hexagone ne sont pas les seuls à s’intéresser à l’actualité politique française. A l'occasion de cet événement, journalisme.com vous présente le travail et les réflexions de correspondants étrangers en poste à Paris.

Sixième témoignage : Ira Feloukatzi, correspondante à Paris pour le quotidien grec Eleftherotypia.



Comment allez-vous traiter les élections municipales françaises dans votre quotidien ?

Je vais faire beaucoup de papiers entre les deux tours. Il faudra aussi fournir une longue analyse pour les journaux de dimanche et lundi. Je trouve que les journaux grecs traitent bien les élections françaises. La France est même regardée à la loupe : les réformes, le style Sarkozy, sa personnalité... Nous regardons tout ça avec beaucoup d'attention, car en Grèce aussi, il y a des grandes réformes en cours, notamment sur les régimes spéciaux de retraites. La France est un peu un laboratoire européen. La droite grecque se calque dessus.


Quelles différences constatez-vous entre la France et la Grèce, du point de vue du traitement des élections ?

Je suis stupéfaite. Ici, on fait des loupes, ville par ville. En Grèce, ça ne se fait pas, à part pour les deux grandes villes, Athènes et Salonique. Mais nous ne le ferions jamais tous les jours comme en France. Il faut que les articles puissent être compris de tous, et que tout le monde puisse s'y intéresser. Je trouve que ce traitement ville par ville dans les journaux nationaux est beaucoup trop catégoriel. Ca me fait penser au compte-rendu des visites des candidats sur les marchés lors des élections nationales: qui cela peut-il intéresser, à part peut-être les habitants de ces villes ?


Quelles critiques pourriez-vous formuler vis-à-vis de vos confrères français ?

Ce qui me choque le plus, c'est l'autocensure des journalistes français à propos de Nicolas Sarkozy. Sa personnalité, son côté bling-bling, tout ça, tous les journalistes le savaient. Personne ne le disait. Nous, les correspondants étrangers, on s'arrachait les cheveux. Pourquoi cela n'était-il pas dit dans les journaux français? Nous sommes maintenant très heureux de voir que les journalistes ont à nouveau la langue déliée. D'ailleurs, quand ils ont recommencé à parler, ils ont d'abord repris la presse étrangère. Mais le problème, c'est que maintenant, c'est la danse du scalp. Tout ce que fait Nicolas Sarkozy est analysé, disséqué. Les journalistes français ne sont plus dans la juste mesure. Cela tourne au lynchage.


Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Les Français sont beaucoup trop tolérants. Ils attendent, ils attendent, et après, quand ça ne va pas, ils descendent dans la rue et c'est la mise à mort. C'est ce que l'on a constaté avec Villepin. Les journalistes français font exactement la même chose. Ils marchent par coup de sang. Je ne pense pas que ce soit la bonne approche. Les impressions prévalent sur la réflexion, il faudrait mieux être attentif avant.

Propos recueillis par Maxime Mamet